DESSINE MOI UN CLUB

L'atterrissage avait été brutal. L'avion avait heurté la première dune en son sommet, puis· rebondi d'une aile à l'autre, creusant un profond sillon dans le sable et s'était finalement arrêté au pied d'une seconde dune, le nez planté orphelin de ses hélices. Le vol avait pourtant bien débuté. Le pilote,Jéfé, et son co-pilote Ricardo étaient partis de Buenos Aires, avec leur chargement postal en direction des îles du Cap-Vert où ils avaient fait escale. Puis, de là, ils étaient partis pour Tombouctou. Dans la nuit, l'océan de sable déroulait son majestueux manteau, et les étoiles deve­naient alors leurs seuls repères, innombrables, et scintillantes. Le ronronnement du moteur avait eu raison de Ricardo, qui s'était réfugié dans un sommeil profond avec ses rêves les plus fous. Depuis quelques temps, il ronchon­nait et maugréait fréquemment, signe que chez lui quelque chose n'allait pas.Jéfé le connaissait bien et savait ·que leur vie, faite d'aventures au gré des traversées aériennes, toutes aussi risquées les unes que les autres, allait prendre une autre direction. Ricardo n'aspirait qu'à une seule chose : se poser, trouver une femm_e et faire des enfants,"si pos­sible des garçons" répétaient-ils dans ses moments d'euphorie alcoolisée, o⯑. juché sur un tabouret d'une bodega, il prenait à partie l'assistance et leur chantait «mon chapeau à quatre bosses)). 

La première ratée du moteur n'inquiéta pas Jéfé. Le vieux coucou n'en était pas à un soubresaut près, et ses toux ponctuelles, lui donnait même un côté presque humain. Les ratées suivantes l'interpellèrent davantage à tel point qu'il décida de réveiller Ricardo. Dès lors, les deux hommes écoutèrent attentivement, les yeux rivés sur les compteurs, la moindre fausse route de l'engin, essayant de deviner ce que tel ou tel bruit signifiait. Ricardo interprétait, et énu­mérait toutes les pièces du moteur, ponctuant chacune d'entre elles, d'un «putain de merde)) très inquiétant. Pendant ce temps là, Jéfé essayait de se repérer, mais la nuit les avait entouré de son enveloppe ténébreuse,'ne laissant rien transparaître. En bas, le désert, en haut le ciel, et eux oscillant entre les deux, et perdant, chaque minute un peu plus d'altitude.Jéfé pensa un bref instant que leur vie allait prendre une direction radicale, plus vite que prévu. Serrés l'un contre l'autre dans le cockpit, l'air frais pollué par les effluves d'huile chaude mêlées de carburant les asphyxiant à moitié, ils avaient conscience que le fil ténu de la vie qu'ils avaient si souvent raillé, _était arrivé à son point de rup­ture. Jéfé, les muscles bandés sur le manche, ne disait rien. Ricardo, à ses côtés, n'arrêtait pas dé jurer, en appelant à tous les saintes et saints qu'ils connaissaient, et même à celles et à ceux qu'il ne connaissait pas, ce qui la foutait mal pour un anarchiste comme lui. Puis, l'avion heurta la dune. 

Ce fut Jéfé qui reprit ses esprits le premier. Il se tourna immédiatement vers Ricardo, qui geignait : "je vais mourir, je suis mort, viva la muerte.... je les emmerde tous....". Tout doucement, il lui glissa à l'oreille : «mais non, t'es pas Le plus difficile fut de sortir de l'avion, les portes étant en partie bloquées par le sable. Une fois extraits de la car­casse, les deux hommes se turent. Rien. Le silence était impressionnant et contrastait avec le vacarme de l'ati:erris­sage. Le désert les accueillait avec sa plénitude et leur imposait sa sérénité infini. Pas un bruit, rien de rien, si ce n'est le crissement de leurs pas dans le sable d'une extrême finesse, et leur respiration encore haletante de la peur et de la volonté de vivre qu'ils venaient de manifester. Ils prirent la décision de ne pas s'éloigner de l'avion, et d'attendre le lever du jour. lis seraient ainsi plus repérables pour les secours qui ne manqueraient pas d'arriver, inquiets de leur absence, et ce malgré l'inutilité de la radio morte sur le coup. Ils avaient un peu d'eau et quelques biscuits apéritifs, grappillés ici et là par Ricardo, sans compter une caisse de bouteilles de pastis de contrebande, pour tenir jusqu'à l'arrivée des secours.Au pied de l'appareil, les deux hommes, emmitouflés dans leur combinaison s'endormirent pro­fondément, épuisés et rassasiés d'émotions fortes. 

«Eh, monsieurn ' «Eh, monsieurn ! 

Jéfé se recroquevilla cherchant dans le sable la chaleur qu'il ne trouvait pas dans son corps, en vain. Il avait envie de dormir, de rester là à attendre que les rayons du soleil viennent lui caresser son dos meurtri, et de se laisser faire. «Eh, monsieurn ! «Eh, monsieurn ! 

Mais, il y avait cette voix, improbable, impossible et enfantine qui insistait. Non, vraiment, il était trop bien pour ne pas risquer d'ouvrir un œil et répondre à cet appel fantasmatique. 

La voix se fit plus insistante encore : «Eh, monsieur» ! «Eh, monsieur» ! 

Jéfé ouvrit les yeux, se redressa péniblement, les membres engourdis. Le sable avait pénétré dans la combinaison et il se gratta machinalement les couilles provoquant une irritation brûlante. Une fois debout, il jeta un œil sur Ricardo, qui dormait sur le ventre, la joue gauche collée à la dune, ces ronflements dignes de I' âge glaciaire ayant creusé un petit cratère à la hauteur de la bouche. Vautré dans le sable, il semblait s'agripper à la dune comme à une femme, avec la ferme l'intention de ne pas la lâcher. 

Le plus difficile fut de sortir de l'avion, les portes étant en partie bloquées par le sable. Une fois extraits de la car­casse, les deux hommes se turent. Rien. Le silence était impressionnant et contrastait avec le vacarme de l'ati:erris­sage. Le désert les accueillait avec sa plénitude et leur imposait sa sérénité infini. Pas un bruit, rien de rien, si ce n'est le crissement de leurs pas dans le sable d'une extrême finesse, et leur respiration encore haletante de la peur et de la volonté de vivre qu'ils venaient de manifester. Ils prirent la décision de ne pas s'éloigner de l'avion, et d'attendre le lever du jour. lis seraient ainsi plus repérables pour les secours qui ne manqueraient pas d'arriver, inquiets de leur absence, et ce malgré l'inutilité de la radio morte sur le coup. Ils avaient un peu d'eau et quelques biscuits apéritifs, grappillés ici et là par Ricardo, sans compter une caisse de bouteilles de pastis de contrebande, pour tenir jusqu'à l'arrivée des secours.Au pied de l'appareil, les deux hommes, emmitouflés dans leur combinaison s'endormirent pro­fondément, épuisés et rassasiés d'émotions fortes. 

«Eh, monsieurn ' «Eh, monsieurn ! 

Jéfé se recroquevilla cherchant dans le sable la chaleur qu'il ne trouvait pas dans son corps, en vain. Il avait envie de dormir, de rester là à attendre que les rayons du soleil viennent lui caresser son dos meurtri, et de se laisser faire. «Eh, monsieurn ! «Eh, monsieurn ! 

Mais, il y avait cette voix, improbable, impossible et enfantine qui insistait. Non, vraiment, il était trop bien pour ne pas risquer d'ouvrir un œil et répondre à cet appel fantasmatique. 

La voix se fit plus insistante encore : «Eh, monsieur» ! «Eh, monsieur» ! 

Jéfé ouvrit les yeux, se redressa péniblement, les membres engourdis. Le sable avait pénétré dans la combinaison et il se gratta machinalement les couilles provoquant une irritation brûlante. Une fois debout, il jeta un œil sur Ricardo, qui dormait sur le ventre, la joue gauche collée à la dune, ces ronflements dignes de I' âge glaciaire ayant creusé un petit cratère à la hauteur de la bouche. Vautré dans le sable, il semblait s'agripper à la dune comme à une femme, avec la ferme l'intention de ne pas la lâcher.

Abasourdi,Jéfé se dit que décidément le désert lui jouait encore une fois un mauvais tour.Alors qu'il se dirigeait vers la carlingue de l'avion, la voix reprit de plus belle. Jéfé se retourna doucement, et il le vit, là devant lui, debout sur ses pieds. En plein milieu de nul part, il avait devant lui, un enfant au visage poupin qui souriait. 

«Mais qu'est ce que tu fous là ! ?». Le sourire demeura, les yeux pétillaient de malice. 

«Comment t'appelles tu ! ?» Pas de réponse. 

L'enfant s'approcha et Jéfé put ainsi mieux le détailler. Il portait un short bleu marine, un peu délavé, des chaus­settes à moitié baissées de couleurs rouge et bleues en rayures. Le tee-shirt, en dehors du short, laissait entre­voir quelques inscriptions. Il distingua un R, puis un C et un P, mais pas la quatrième lettre. Mais ce qui l'étonna le plus, fut ce que l'enfant dissimulait mal sous son bras droit : un ballon de rugby. Instantanément, Jéfé ressentit comme une vague de chaleur lui parcourir le corps. Le rugby avait été sa passion et voir en plein milieu du désert un môme avec un ballon, lui rappela tout son passé de joueur anonyme. 

L'enfant le prit par la main, et lui posa une question : «Dessine moi un club» 

Jéfé : «Un quoi ??» L'enfant : «Un club, s'il te plaît, dessine moi un club» réitéra l'enfant d'un ton suppliant. Jéfé : «Un club de quoi ?» 

L'enfant : «t'es miro ou quoi ? Un club de rugby, ben tiens ! T'es vraiment vieux, toi, alors !» 

Jéfé sourit et pensa que la cinquantaine récemment dépassée, décidément, se voyait sacrément bien. Ne sachant pas par où commencer, il décida de lui décrire avec des mots simples, le club qu'il avait fréquenté pendant 19 ans, et dont il avait assuré la présidence avec Ricardo. 

Jéfé : «Un club ? c'est d'abord une bande de potes qui aime à se rencontrer, à se parler, à s'engueuler et à se réconcilier, à faire la fête, à partager les bons et les mauvais moments, parfois même à s'étreindre pour commu- nier entre eux leur force et leur énergie» 

L'enfant : «Des homos ????» 

Jéfé surpris par la remarque : «Non, mais des mecs qui s'aiment quoi ! Qui peuvent parler de choses complè­tement superflues qui n'intéressent qu'eux» 

. L'enfant : «Quoi par exemple ?» 

Jéfé : «sais pas moi, le feu d'artifice organisé par Pancrace sur la grand place de Bruxelles ; le retour du Rheu ; la bagarre d'Armentière» 

L'enfant : «Vous vous bagarrez ?» 

Jéfé : «Ben, des fois l'entraîneur nous disait» Eh les gars on n'est pas venus jusqu'ici déguisés en feuille de chou pour se faire brouter le cul par des lapins !" 

L'enfant, les yeux ronds comme des billes : « Ca veu·t dire quoi ?» 

Jéfé, un peu gêné : «Ben, des fois, fallait se faire respecter» 

L'enfant, visiblement un peu déçu : «C'est que ça, un club ?» 

Jéfé : «Mais non, c'est aussi des tas de mecs de 7 à 77 ans animés par la même passion, qui ne vivent que pour un bout de rectangle vert et un ballon ovale, comme le tien. C'est aussi un club house, la seconde maison des rug­bymen, où ils se livrent parfois à des rites étranges qui scellent les amitiés et qui se terminent en maux de crâne indescriptibles. Ce sont enfin, les bénévoles qui, à défaut de jouer, partagent les instants de convivialité avec les joueurs, les supportent et contribuent à la bonne marche du club» 

Bouché bée, l'enfant regardait fixement Jéfé. Puis, tout doucement, il lui prit la main, et l'invita à marcher. Peu à peu, ils s'éloignèrent de l'épave de l'avion. Mué par une force invisible mais apaisante, Jéfé se sentait bien. L'évocation des ses souvenirs l'avait rendu heureux. Et puis, ... il y avait cette petite main dans la sienne, celle de cet enfant inconnu, qui inéluctablement l'entraînait au loin, loin de tout repère et loin de tout secours. Ils mar­chaient main dans la main vers le soleil quand l'enfant reprit la parole : 

«Tu sais, mon papa, il est ingénieur et il a créé le monde, il a fait les océans et les déserts !!» 

Jéfé serra un peu plus la quenotte du gamin : «Ah, oui ! ?» 

L'enfant : «Même qu'il a dit que s'il avait créé des oasis, c'était pour que les hommes puissent s'y abreuver, et, les déserts, c'était pour qu'ils puissent y retrouver leur âme» 

Jéfé, amusé : «Il a dit ça ton papa· ???» Puis, il pensa que le papa en question devait être drôlement puissant pour avoir pensé à tout ça. Il se tourna une dernière fois vers le lieu de l'accident, mais il n'y avait plus que le sable et encore le sable. Pourtant, il se sentait bien. Si ce n'était cette impression de légèreté qui lui donnait l'impression de prendre de l'altitude, de flotter dans l'air et de ne plus sentir le sol, il n'avait jamais été aussi heureux de sa vie. 

Quarante ans entre Honneur et Fédérale 3 et encore une équipe fanion jeune et prometteuse ! S'il fait toujours bon vivre au RCPA il faut en féliciter les différentes équipes dirigeantes qui ont su au fil des années se remettre en cause et s'ouvrir à tous. 

L'avenir appartient aux jeunes. Sans doute, mais encore faut-il leur donner les moyens de s'épa-nouir. 

L'objectif de ces dernières années a donc tout naturellement visé notre Ecole de Rugby, de la for­mation des Educateurs aux petits voyages qui forment la jeunesse et créent les liens si chers au rugby. Ainsi peut-on s'enorgueillir de voir, le samedi, 120 enfants et adolescents jouer sur nos terrains, encadrés par des à peine plus vieux. 

Les « Vieux ». ceux qui ont été, fulminent, critiquent, conseillent (plus ou moins bien tant dans la forme que dans le fond) et rêvent sur la touche. C'est leur bain de jouvence hebdomadaire. Il faut les en excuser car si les victoires sur le terrain sont aussi les leurs, les défaites le sont plus encore. 

Alors le Vieux durant la semaine fait son entraînement, de la réunion de bureau au lavage des mail­lots en passant par les coups de fil à des spécialistes de la COM. in joignables ... et la grande occupation de ces dernières années, la recherche de Partenaires Financiers. Car le Vieux bénévole, pour faire jouer de jeunes rugbymen tout aussi bénévoles doit trouver des sous. 

Résultats de ces investissements 1 

Labellisation de l'Ecole de Rugby. 

Des victoires sur des adversaires comme Rouen, Evreux ... 

Des juniors champions du Grand Ouest en 2004 

Ces mêmes jeunes, trois ans après, épaulés par quelques vieux grognards atteignent les 1 /8 de fina­les de championnat de France. 

On ne doit pas si mal s'y prendre au RCPA. Longue VIE ! 

Partenaires Internet 2020